Quand j'étais une petite fille (il y a déjà longtemps) il y avait un vieil homme qui venait tous les jours derrière la maison de mes parents avec son chien, il s'asseyait sur un rocher et brossait son chien pendant des heures, il ne lui parlait pas, se contentant de le brosser et de le caresser puis le chien partait se promener un peu plus loin pendants que son maître le regardait, à un moment l'homme se levait toujours sans un mot, le chien venait à son coté se collait à sa jambe et ils repartaient ainsi, maître et chien du même pas, la main de l'homme contre la tète de son chien.

Je me cachais pour les observer, je me sentais voyeuse devant une telle intimité. Je n"avais à l'époque aucun projet d'avenir à part celui d'avoir un chien, un chien à moi que je pourrait regarder et brosser et avec qui marcher à mes cotés.

Je ne me souviens pas de ne pas avoir voulut ce chien, je l'ai demandé, je l'ai exigé, je l'ai supplié, j'ai écrit des lettres enflammées à mes parents mais je ne l'ai pas eu cet animal qui me faisait rêver.

 

J'ai grandit sans lui, je suis devenue une jeune adulte, je me suis mise en couple, nous avons pris un appartement, mon chien vivait toujours dans un coin de ma tète, je parlais de temps en temps un peu de lui.

Quelques jours avant mes 21 ans mon ami (qui est devenu mon mari) m'a donné 1500 francs dans une enveloppe en me disant: "tiens va te chercher ton chien"

Je ne peux même pas expliquer ce que j'ai ressentit à l'époque, c'était du bonheur et de la peur, c'était de l'impatience mêlée de crainte, c'était des questions aussi, les rêves sont-ils faits pour être réalisés?

 

Le jour de mon anniversaire j'ai prit mon courage à 2 mains, je suis allée au refuge le plus proche de chez moi "pour voir".

J'ai fait une première fois le tour, j'étais en larme, je n'arrivais même pas à voir ces chiens qui hurlaient comme des sonnés, se jetaient dans les grilles, m'aspergeant d'urine au passage, je suis sortie du chenil bouleversée prête à remonter dans ma voiture, c'était trop dur, je ne pouvais pas choisir.

 

La responsable du refuge est venue me voir en me voyant ainsi décomposée et nous avons discuté un peu de mon mode de vie, de la composition de notre famille, de mes disponibilités et elle m'a demandé si je n'avais pas vu Pepette qui pourrait nous convenir à merveille.

 

Ben non, je ne l'avais pas vue, pas remarquée.

Elle m'a accompagné devant une cage et j'ai ainsi découvert celle qui était sensée me convenir.

Une petite chose puante et pathétique se tenait assise dans un box, horriblement panarde, pleine de noeud, le regard fixe, elle était calme et silencieuse, une coquille vide !

La dame m'a demandé si je voulais aller la promener, je n'étais pas enthousiaste, je suis tout de même partie, la chienne tirait à s'étouffer en bout de laisse, elle reniflait frénétiquement l'herbe, elle marchait comme un petit robot.

Nous étions ridicules, elle et moi.

Je revoyais dans mes souvenirs le merveilleux couple de mon enfance marchant ensemble comme on danse, d'un même pas égal et ample, leur corps se frolants.

Je me suis arrêtée, las, découragée, prête à repartir, à remettre ce cabot décevant dans son box et mon chien idéal dans ma tète dont il ne devait vraisemblablement jamais plus ressortir.

Je me suis accroupie, prise d'un vertige soudain et subitement la chienne a cessé de tirer, lentement elle a tourné sa tète vers moi, puis fait un pas prudent dans ma direction, puis un autre, sa tète s'est un peu levée et j'ai croisé son regard éteint, un autre pas et elle s'est retrouvée contre ma main, du bout des doigts j'ai commencé à toucher sa fourrure embroussaillée, elle s'est un peu appuyé pour accentué les caresses, elle bougeait si lentement, elle semblait si timide.

A ce moment, tan disque je suivait des doigts ses os saillants, je me suis dise que j'allais l'emmener, remettre mon chien idéal dans ma tète et vivre ce que j'aurais à vivre avec elle, petite victime de la bêtise humaine.

Pepette n'était pas encore disponible, pas encore tatouée ni vaccinée, je l'ai remise dans son box, elle est repartie se prostrer au fond, résignée, sans un regard pour moi.

 

Une semaine plus tard, nous avions pris rendez-vous avec la responsable pour son départ définitif, je m'étais faite accompagner de ma sœur pour rester avec la chienne à l'arrière, nous discutions gaiement des préparatifs et des achats que nous avions faits pour son arrivée chez nous.

Nous sommes arrivées dans la rangée de box lorsqu'un hurlement déchirant nous a cloué sur place, c'était la plainte d'un animal pris au piège, un cris, un gémissement de terreur, un appel à l'aide.

La responsable a demandé qui hurlait ainsi, l'employé de chenil a dit que c'était Pepette, la petite chienne qui était muette, ils ne l'avaient jamais entendue avant.

Nous sommes arrivées devant le box, elle hurlait toujours, la tète jetée en arrière, je me suis agenouillée je lui ai parlé doucement, elle s'est tue, a posé un œil sur moi, j'ai crut y discerner une petite lueur bien vacillante encore.

Nous avons pris la route je conduisais, ma sœur tenait Pepette sur ses genoux a l'arrière, elle était infernale, gémissait, essayait de lui échapper, tout a coup ma sœur l'a lâchée, la chienne a sauté a l'avant et s'est assise par terre à la place du passager, sa tète posée sur le siège son regard cherchant le mien.

Quand je me suis arrêtée, Pepette a sauté de la voiture et ai venue se mettre à mon coté, son regard rivé sur moi son corps frôlant ma jambe à chaque pas.

 

Mon chien de rêve était sortie de ma tète et marchait à mes cotés, cela fait maintenant 10 ans que nous marchons du même pas !

Adieu ma puce et bon voyage, nous ne t'oublierons pas!